Le Projet MAINSTREAM, dédié à l’institutionnalisation de la recherche opérationnelle intégrée dans le Programme Élargi de Vaccination (PEV) au Cameroun, est arrivé à son terme. Conçu comme un cadre méthodologique, il a visé à renforcer la capacité nationale d’analyse et d’amélioration continue des pratiques vaccinales. Cinq équipes de recherche, sélectionnées, ont travaillé

sur la réduction des enfants zéro‑dose, l’organisation de la prestation vaccinale, la mobilisation communautaire et la stimulation de la demande.

Les principaux résultats issus des travaux de recherche ont été présentés lors de l’Atelier de dissémination prévu les 15 et 16 janvier 2026 à l’Hôtel Felicia, situé à Yaoundé‑Coron. Cet atelier a constitué une plateforme de restitution scientifique et de dialogue entre chercheurs, décideurs et acteurs de terrain. Parmi les projets retenus, l’on peut citer :

  • RURAL DOCTORS qui a évalué les interventions des agents de santé communautaires pour atteindre les enfants zéro‑dose dans le Sud‑Ouest. L’étude a montré une hausse de la perception de la vulnérabilité et de la gravité des maladies évitables, une confiance accrue dans les vaccins (près de 99%) et une réduction des mythes et craintes. Bien que la couverture vaccinale n’ait progressé que de +1,5%, l’intervention a renforcé les connaissances, la motivation et l’engagement communautaire, avec plus de 98% ayant jugé les récits des ASC plus convaincants que les canaux traditionnels et 95,7% ayant exprimé leur volonté de vacciner leurs enfants.

  • M.A SANTÉ a mené une recherche à Kousseri impliquant accoucheuses traditionnelles et agents communautaires, a touché 5 480 personnes dans 8 aires de santé. L’intervention a permis de vacciner 176 enfants zéro‑dose sur 180 (97,8%), de mobiliser 86 acteurs dont les compétences se sont renforcées (+25,4% sur les doses de polio). L’analyse qualitative a montré une satisfaction élevée (90%), une meilleure acceptation communautaire et une confiance accrue envers les formations sanitaires, avec des recommandations pour renforcer supervision, formation et appui logistique.

  • PEV SUD a déployé l’application OpenEMR à Ebolowa, a fait passer la couverture vaccinale de 63,7% à 85,2%, avec une hausse des doses Penta 1 et Penta 3 et 93% des parents ont respecté les rendez‑vous grâce aux SMS. Le projet a inversé la tendance négative en ayant atteint près de 2 000 enfants zéro‑dose et 1 300 sous‑vaccinés, pour un impact global de 3 930 enfants protégés en six mois. Les activités de rattrapage ont identifié plus de 3 300 enfants non ou insuffisamment vaccinés, avec un taux de réussite des SMS de 99% et une satisfaction de 95%. L’analyse qualitative a confirmé une meilleure rétention de l’information, moins de rendez‑vous manqués et une confiance accrue dans le système, malgré des défis techniques et organisationnels.

  • Le projet CoVAC, mis en œuvre à Bafut et Tombel, a réduit la proportion d’enfants ayant manqué au moins un vaccin de 34,8% à 23,1%, tout en ayant diminué les attitudes négatives et la crainte des effets secondaires. La participation des agents de santé communautaires est passée de 25% à plus de 60%, traduisant un transfert de la mobilisation des leaders traditionnels vers les ASC. Malgré ces acquis, des défis ont persisté, et les recommandations ont inclus l’acquisition de réfrigérateurs solaires, une meilleure planification et une intensification des activités communautaires.

  • FAIR a mené une recherche à Nkolndongo (Yaoundé) sur le rôle du leadership féminin pour réduire les enfants zéro‑dose, a impliqué 35 femmes leaders et 50 mères. L’étude a révélé de fortes disparités de couverture vaccinale (plus de 90% à Essomba et Nkolo contre seulement 19,6% à Mimboman 2) et a mis en évidence l’importance du leadership communautaire féminin. Elle a souligné enfin la nécessité de renforcer la lutte contre la désinformation et les résistances socioculturelles afin d’améliorer l’équité vaccinale.

En somme, ces projets de recherche ont témoigné de la pluralité des approches déployées pour accroître la couverture vaccinale et réduire le nombre d’enfants zéro‑dose au Cameroun. Mobilisation communautaire, implication des accoucheuses traditionnelles, recours aux outils numériques, valorisation des agents de santé et promotion du leadership féminin ont chacun produit des résultats probants en matière de sensibilisation et de confiance. Toutefois, les disparités persistantes et les contraintes structurelles ont imposé de consolider ces acquis par une planification rigoureuse et un appui renforcé, l’atelier de dissémination a constitué une étape décisive pour en faire des recommandations stratégiques durables au service du PEV.